Elle avance doucement, à petit pas. Son arthrose la fait souffrir mais elle a mis ses nouvelles chaussures. Une semelle dernière génération pour ses pieds deuxième décennie du siècle précédent. Des lanières en cuir synthétique. Presque vraies. Un mariage entre la qualité et la modernité, lui a assuré la vendeuse au teint frais et aux effluves de bonbons.

Son bas de contention fait son office alors qu’elle gravit les quelques marches du parvis. Quelle idée d’avoir gardé ces garnitures d’un ancien temps quand une passerelle lui serait tellement plus facile. La porte est ouverte, elle entre dans la pénombre. Un bref rayon de lumière frappe ses bijoux. Le bracelet de sa grand-mère qui a traversé les âges. Il est même plus vieux qu’elle. Une série de colliers assortis à ses boucles d’oreilles. Dans sa jeunesse, toutes les demoiselles avaient les oreilles percées pour arborer les ressources de la famille aux soirées mondaines. Ces soirées ne sont plus guère animées de monde, sauf celle qu’elle vient passer ici.

Elle dépasse les rangées de bancs en bois, parfaitement non alignées. Elle réalise que son pull est de la même couleur que les chaises abimées et s’en veut de ne pas avoir choisi l’autre modèle, dans le catalogue Damart. Celui corail. A la mode. Qui aurait ajouté une touche de vie à sa garde-robe. Elle s’installe dans les premiers rangs, pose sa veste à côté d’elle.

Debout, immobile, elle sourit face au prêtre qui commence son affaire. 95 ans et elle n’a qu’un seul regret : ne pas pouvoir apercevoir la tête des paroissiens, derrière elle, qui ne peuvent manquer de remarquer sa lubie de la semaine, de l’année même. Un string qui se dessine aussi peu discrètement que possible en dessous de son pantalon. Dont le bord léopard dépasse en bas du dos. Comme les jeunes. D’abord.

Histoire vraie.
Illustration by © kief.be

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