Il-etait-une-fois-la-suite_portrait_w532
© Film Il était une fois

Tout a commencé par une magnifique robe frôlant le sol de la petite église de cette commune du sud de la France. Puis, cela a continué par un bel homme s’asseyant aux côtés de la mariée au milieu d’une assemblée bigarrée. Des familles, des amis, une majorité de non croyants, vaguement catholiques culturels si jamais cette expression avait réellement un sens.

La cérémonie est belle, le prêtre est un ami du marié, il parle du couple avec tendresse. On sent une complicité. On perçoit le chemin de foi qu’ils ont parcouru ensemble avant de se retrouver là.

La première lecture est classique mais c’est la version que je préfère : « Si je n’ai pas la charité, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. » La deuxième lecture est aussi tirée du livret spécial mariage de la paroisse : Jésus se fait interroger par un pharisien, un homme de loi, sur les modalités de répudiation de la femme par son mari. Un texte toujours marrant à expliquer pendant un mariage.

Et le prêtre se lance dans une jolie tirade. Nous sommes au milieu de la cérémonie. Personnellement, je suis à fond dedans. Et là, il enchaîne après une introduction intéressante : « Le pharisien est attaché à la loi, et on sait qu’aujourd’hui encore, quand on est trop attaché à la loi, on peut en perdre l’esprit. Je ne m’attarderai pas sur les inconscients qui nous gouvernent. »

Plusieurs mouvements d’épaules autour de moi. Mes voisins, mes proches, me regardent. Non, ça ne se fait pas de sortir maintenant. Oui, vous devez réfréner votre envie parce que vous êtes là pour les mariés, c’est important pour eux.

Plus tard dans la soirée, la discussion revient sur cette anecdote : aucun de mes camarades de soirée non croyants n’ont écouté après cette phrase, tous ont trouvé bizarre cette remarque. En fait non, ils la trouvent déplacés à ce moment-là.

En discutant brièvement avec le prêtre, il glisse qu’il apprécie la nouvelle rédactrice en chef de Témoignage chrétien. Une vraie question me vient intérieurement, n’osant la poser : un prêtre qui lance une appréciation personnelle, partisane sur les dirigeants élus du pays en pleine cérémonie religieuse (j’ai pas dit célébration, mais si le mariage est si important pour l’Eglise, c’est bien que la cérémonie qui le célèbre n’est pas juste anodine) alors qu’il ne rentre clairement pas dans la petite case « tradi tendance fanatique » (c’est ma case, ça ne veut pas dire que c’est une vraie case) ?

Est-ce que ça veut dire qu’un mariage ordinaire, après la vague « M. pour tous », ça va être ça ? Est-ce que ça veut dire qu’il est considéré normal qu’un prêtre partage son opinion sur le gouvernement lors d’un temps un peu sacré quand même ?

Oui, un prêtre est un citoyen comme un autre. Oui, un prêtre peut s’exprimer sur tous les supports qu’il veut pour faire passer son message. Oui, un prêtre peut critiquer une loi qu’il juge injuste. Mais il y a une différence entre traiter d’inconscients des personnes (qu’est-ce qu’on en connait de leur conscience en plus, nous ?) et émettre un avis sur un texte législatif.

Ce prêtre, j’aurais presque préféré qu’il s’inspire de ses coreligionnaires tradi : dans la messe en forme extraordinaire (que j’ai découverte par un ami, je le remercie), le prêtre porte une manipule, une étole au bras gauche quand il est dans le temps sacré… et l’enlève pendant l’homélie. Il n’est alors plus dans ce temps sacré mais prêche dans le temps présent. Et se permet donc d’aborder la politique (voire plus, vous ne voulez pas en savoir plus, croyez moi !).

Je sais, il fut un temps où ça aurait été perçu comme anodin, il fut un temps où c’était monnaie courante pendant les homélies. Il fut aussi un temps où des prêtres proches de syndicat ou d’associations considérées comme « s’étant perdues » étaient réprimandés pour avoir eu des propos moins partisans que cela. Je vous entends déjà : « Tu ne dirais pas ça si c’était des propos en rapport avec les Roms hein. » Sauf que si l’on regarde de près toutes les récentes déclarations des évêques sur ce sujet, les formulations mettent en cause une application de la loi, invitent à mieux prendre en compte les personnes concernées, appellent à un changement d’attitude.

Ce samedi, nous étions comme dit François, « aux périphéries de l’existence ». Rien qu’à ma gauche, nous avions l’au-delà des extrémités de la société athée. Une grande partie de ma famille ne regarde la religion que d’un œil méfiant. Le prêtre a passé quinze minutes à expliquer la profondeur du mariage chrétien, avec grandeur, justesse et inspirations. Abordant l’éros, la philia et l’agape. Passé inaperçu après cette petite phrase. « Nouvelle évangélisation » ou mauvais timing ?

Nota bene : une file courageuse aurait amené la discussion informelle avec ce prêtre sur ce domaine, pour mieux le comprendre. Je ne l’ai pas été…