By Jasonbolonski

 

Il y a presque un an, je fumais une cigarette sur le toit d’un énorme bâtiment en plein cœur de Lourdes, avec Céline. La voyant tirer une latte avec insistance, je n’ai pu me retenir : « Ça va nous tuer cette merde tu sais. » Avec un large sourire, Céline s’est assise sur un très vieux banc en me regardant, sereine : « Non, vraiment, je suis sûre que ça n’est pas mon destin. » Sur les hauteurs de l’hospitalité de la cité mariale, j’avais oublié pourquoi nous étions là, pourquoi je portais une blouse blanche ridicule, pourquoi Céline s’emmitouflait dans son manteau et cachait son badge indiquant « la merde qui allait l’emporter », la sclérose en plaque.

Il y a presque six mois, je jetais un coup d’œil sur ma petite bouteille d’eau bénite, achetée en même temps que celle de Céline. La découvrant vide, je réalisais que j’avais laissé passer les jours et les semaines sans demander de nouvelles à cette jeune femme du même âge que moi. Le savais-tu ? La flotte, même sainte, s’évapore. Comme les souvenirs, elle se diffuse dans l’air, se perd dans tes expirations et tes inspirations.

Céline a-t-elle rempli comme moi sa feuille pour s’inscrire à nouveau au pèlerinage de l’Abiff (1) qui part chaque année en avril vers le fin fond de la France ? Céline a-t-elle été rattrapée par le mal qui lui ronge les entrailles mais a épargné son sourire ?

Certaines chansons du dimanche me rappellent les petits mouvements d’épaules de Céline quand nous nous étions installées dans l’herbe, sur les bords de la rivière, avec le groupe. Presque un an après, il me semble apercevoir, dans cette image de Lourdes (je ne connais pas Epinal…), des morceaux de ton visage, Marie, et un bout du foulard de Bernadette gambadant sur la pelouse.

Y-a-t-il du LSD (spéciale dédicace Sylvie) dans l’eau de Lourdes ? C’est une question légitime à ce stade de l’histoire. Mais, avec un temps d’effets de plus de 11 mois, crois-moi coco, c’est de la bonne !

Parce que cette semaine de pèlerinage, je l’avais presque oublié et pourtant, je sais bien que je ne l’aurais ratée pour rien au monde (Nan, même pas si le Bon Dieu avait décidé de nous donner François un 1er mai). Pour Céline, et toutes les autres que je vais rencontrer dans mon costume de bonne des temps ancien ; pour Marie, que je ne suis pas encore sûre d’avoir vraiment comprise (un bébé toute seule, dire oui à un ange, regarder son gamin mourir, ne pas vouloir trucider son Père… Là c’est plus du LSD…) mais qui s’incruste dans mon paysage. Pour Bernadette qui me dérange de moins en moins cordialement (mais pourquoi as-tu su qui était la dame volante que tu as vu ? Répond enfin !…)

Alors pour la deuxième année, je retourne chez l’opticien : retrouver mes lunettes qui font voir le monde à l’endroit. Et par les temps qui courent, c’est un vrai luxe !

(1) Surtout ne pas s’arrêter à l’esthétique du site…

PS : je ne résiste pas à vous proposer une musique pour clore ce temps de lecture