« Cette décision n’est pas forcément comprise car pour certains croyants, c’est un peu l’image de la papauté qui s’écroule. Ce geste, qui aura plus d’impact que tous ses discours, désacralise la figure du pape ; il dit aux croyants « le pape n’est pas l’Église, il est au service de l’Église » », confie un professeur d’une université catholique romaine dont les étudiants, en partie séminaristes, sont « clairement gênés par cette renonciation ».

Ces mots ont été recueillis par Stéphanie Le Bars, journaliste au Monde. Et ils claquent dans mes oreilles comme une révélation du génie du professeur Benoît XVI.

Transformer une institution en réformant les règles, en sortant de nouveaux modes de fonctionnement, en déplaçant les personnes, en quémandant une évolution… cela n’amène pas de changement profond si les mentalités restent les mêmes. Lors de la première Conférence nationale contre l’exclusion, en décembre dernier, l’un des participants disait, en parlant du futur plan quinquennal contre la pauvreté du gouvernement : « Pour que ces mesures soient entendues par les citoyens, il faut changer les mentalités et induire une logique de solidarité là où il y a aujourd’hui une défiance. » Pour faire évoluer le fonctionnement de la Curie, il fallait donc dépoussiérer les esprits avant de s’attaquer aux lois canoniques.

« Certains cardinaux sont gênés par le fait que ce geste retire au pape son côté sacral », indique encore un interlocuteur régulier des princes de l’Église, toujours à Stéphanie Le Bars. Qu’ils soient gênés, qu’ils soient perdus, qu’ils ne comprennent pas… montrent bien que seul un acte fort pouvait transpercer la couche d’immobilisme dans laquelle ils baignent depuis si longtemps. La renonciation de Benoît XVI « désacralise » la fonction de pape ? Bonne nouvelle, elle ne l’est pas ! Elle « gêne » ? Ce pape a-t-il fait autre chose depuis son premier discours jusqu’au dernier que de bousculer les catholiques (et les autres) ?

Il y a un an, Jean-Marie Petitclerc, prêtre, éducateur et polytechnicien (entre autres), expliquait lors d’une conférence : « Souvent les jeunes que je croise me disent qu’ils ne croient pas en Dieu. Quand je leur demande de quel Dieu il parle, ils le qualifient de tout puissant, coincé là-haut au ciel, regardant le monde de loin. Dans ces cas-là, je leur réponds comme un cri du coeur : « Mais moi non plus, je ne crois pas en ce Dieu ! » Ce Dieu est celui d’un enfant, qu’on dévoile aux petits du catéchisme quand on essaie de faire comprendre Son immensité. Mais après, il faut grandir : il faut redécouvrir Dieu fait homme pour aborder la vraie foi. Et cette dimension-là se révèle dans l’aide aux plus petits, dans l’action envers son frère, dans un sacré quotidien. »

Un Dieu surnaturel pour les enfants, un Dieu au cœur des hommes pour les adultes. Après avoir été Joseph, grand théologien, Benoît fait. Il agit pour convertir les cœurs à une foi d’adulte. Son plus grand héritage peut-être. Et probablement une étape indispensable pour une future réforme de la curie romaine.