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Dans quelques heures je serai dans le train. Un train pas comme les autres : nous serons quelques centaines habillés en blouse blanche avec tablier collector du XIXe siècle, portant et accompagnant quelques centaines au corps ou à l’esprit cassés.
Dans quelques heures je serai pétrifiée de peur. D’abord à l’idée de tenir dans mes mains leur semaine de repos, de répit, de ressourcement. De porter à bout de bras leurs petits membres, de porter à bout d’esprit leurs petites humeurs, de porter à bout de prière leurs petits bonheurs.
Mais surtout, plus égoïstement, à l’idée de quitter mon quotidien confortant et câlinant. Adieu baskets chaudes, bonjour chaussures de bateau ridicules mais adéquates pour courir les chemins de croix et manger les kilomètres dans un sanctuaire marial tout en longueur. Adieu petits ou gros pulls, bonjour gilet bleu marine que je n’aurais pas osé mettre à ma première communion. Adieu jeans, bonjour collants bleu marine ou chair pendant cinq jours non-stop pour rester dans la « mode de Lourdes ».
Sans mentir, je ne regretterai pas ces derniers jours de campagne présidentielle. je ne doute pas que nos dix compétiteurs et la horde de commentateurs les suivant trouvent bien mille et une conneries – euh petites phrases – à mettre en exergue tout au long de cette dernière ligne droite. Et pour que j’en vienne à chanter les louanges de la litanie des Saints plutôt que la litanie politique, c’est que le niveau des discussions par rapport aux enjeux – colossaux – frôle le concours du plus gros bonbon (oui, la bêtise est un bonbon).
En toute honnêteté, je ne regretterai pas de rater le peut-être dernier rebondissement entre le Vatican et les intégristes de la Fraternité saint-pie X qui ne sont vraiment pas « réintégrés » vu le Dallas tendance œcuménique qu’ils nous servent depuis trois ans. Énième épisode d’une discussion qui, à l’inverse du politique, s’élève dans les hauteurs théologiques pour savoir si le cœur de la foi catholique va être accepté par les ronchonneurs en chef de ces trente dernières années dont l’ego caresse parfois les fesses des angelots du ciel (ceux qui sont loin, là-haut). Quelle que soit la décision, si l’on peut louer la volonté d’unité de Benoît, la réalité pour les fidèles s’analysera sur le long terme et ne se fera pas sans douleur.
Avec toute la bonne volonté du monde, quand on se prend des jeunes balançant de l’huile sur des gens, des millions de lettres agressantes envoyées aux évêques de manière limite industrielle, des accusations d’hérésie ou des petites phrases (encore elles…) cinglantes cyniques et méprisantes IRL ou URL, on avance dans la politique romaine de la main tendue avec des gants. Chat échaudé craint l’eau.
Enfin je n’assisterai pas aux argumentaires de ces ravis d’un retour des Lefebvristes qui minimisent ou zappent ces derniers aspects mais ont été parfois les premiers à appeler à se hurler que l’on devait tous protéger le Christ : « Alors on baisse la tête alors que le Christ est exposé dans la pisse ainsi ? Mais que te faut-il pour sortir de ton état de catholique enfouie ? » disaient-ils à une époque. Je n’aurai aucun moyen de leur répondre aujourd’hui : « Là, il me faut des antisémites convaincus et fiers de l’être qui disent détenir « la Véritable Église Catholique » pour lever la tête et être alerte. La différence avec eux c’est que je ne prends pas un marteau pour fracasser leur murs. »
Dans quelques heures je serai « hors du monde ». Sans ordinateur. Si je ne survis pas, autant que mes modestes possessions servent à un dernier pied de nez : je lègue ma Bible Bayard grosse édition à Vivien, la petite édition (oui, j’aime cette traduction) à Polydamas, mon mouchoir en dentelle à Philippe, mes codes de blog à Gwénola, mon carré Hermès à Vogelsong, mon tract du programme d’Eva Joly à Erwan et la bougie multicolore de mon coin prière à l’abbé Grosjean. Et mon moule à gâteau à Vieil imbécile (un peu de légèreté pour voler plus vite vers les portes du paradis ;D).

 

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