M’aurais-tu parlé ? Si je n’avais pas été cachée par une image rigolote et un pseudonyme énigmatique.

Aurais-tu partagé avec moi ta position sur l’euthanasie, ta souffrance face à la douleur de ton être cher, ta peur de le voir s’enfoncer, ton appréhension de ne pas respecter ses dernières volontés, ton balancement entre un pour et un contre ? Serais-tu entré dans les détails, aurais-tu confié ton intimité ainsi après avoir posé 140 signes tranchés sur la question ?

M’aurais-tu parlé ? Si je n’avais pas été cachée par une image rigolote et un pseudonyme énigmatique.

Aurais-tu énuméré tes doutes et tes espoirs vis-à-vis de la recherche promise par la bioéthique, livrant ainsi ta douleur de n’être mère que dans ton coeur et non dans ta chair ? Serais-tu restée tant d’heures à discuter online avec un visage ouvert quand cela te confortait de t’épancher à une inconnue masquée ?

M’aurais-tu parlé ? Si je n’avais pas été cachée par une image rigolote et un pseudonyme énigmatique.

Aurais-tu dévoilé tes interrogations sur des proches croyants dont tu ne comprenais pas le cheminement et avec qui tu craignais de perdre le contact ? Te serais-tu adressé à moi s’il n’y avait eu cette distance emprunte d’intimité née de la lecture réciproque de nos écrits numériques ?

M’aurais-tu parlé ? Si je n’avais pas été cachée par une image rigolote et un pseudonyme énigmatique.

Aurais-tu glissé discrètement tes angoisses face à la perte d’un être cher après avoir lu ma propre expérience sur mon petit espace virtuel perdu dans l’anonymat de la toile ?

M’auriez-vous confié tout cela si j’avais été un @Prenom@Nom (tout ce qu’il y a de plus banal en plus) et une bouille aux joues rondes (tout ce qu’il y a de plus banale toujours).
Mon pseudonymat n’est pas une barrière, c’est une main tendue à aller plus loin que les apparences. Mon anonymat n’est pas une cachette, c’est un clin d’oeil virtuel. Ce petit coin de chose est une petite facette de la boule qui me sert d’identité (oui, je suis une fervente partisane de cette métaphore louche).

Je n’ai pas de mission, je n’ai pas de but, je n’ai pas de mandat, je n’ai pas d’imprimatur. Je n’ai pas besoin d’être différente pour me rappeler qui je suis, j’ai besoin d’être moi-même pour ne pas perdre de vue qui je veux devenir.

Je suis virtuelle comme je suis dans la vie, les zygomatiques frémissantes, la foi chevillée au coeur, les triples emplies de doute, les lèvres hésitantes, le sérieux relégué au bout du petit doigt, n’attendant que d’être surprise par toi. Que tu avances masqué, caché, habillé ou nu. Et pour ça, je viens de refaire ma maison : bienvenue chez toi !

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