En gravissant la petite pente avant d’arriver sur la place de l’église, je m’émerveille encore devant le massif montagneux qui me surplombe. Difficile de garder les idées claires après la soirée-redécouverte de Chartreuse la veille au soir.

Pourtant les falaises abruptes font s’effacer les restes d’alcool de mon sang.Les voitures s’entassent sur la dizaine de places sur le parvis. Les murs nus beige, les quatre statues au style douteux, la petite porte qui mène à la salle de caté… Rien n’a changé. L’église est fraiche malgré le soleil qui cogne dehors. La messe commence, portant des odeurs de platanes et de cierges. Comme celle de mon enfance. Même lieu, perspective différente : l’impression que les prêtres sont plus petits me colle à l’esprit.

La petite lanterne rouge se balançant au bout d’une chaîne en fer n’a pas bougé. Il est là. En même temps, Il n’est pas sensé partir. Je scrute le visage des anciens, espérant reconnaitre le père d’un ancien camarade de classe. Les lectures s’enchainent. Les quelques piliers font pâle figure à côté des troncs de pierre des églises parisiennes. Mais dans ce repère à la vingtaine de bancs niché au creux des montagnes, la Présence de Dieu m’est tellement plus visible que dans ces bâtisses-cathédrales érigées aux fils des rues de la capitale.

On se lève, on s’assoit. Même la vieille dame devant moi, qui prend appui sur les chaises pour ne pas avoir recourt à ses béquilles. Puis le curé déclare : « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous. » Nous répondons, plus ou moins d’une même voix, « Et avec votre esprit ». Et puis… rien. Silence. Personne ne bouge. Personne ne se regarde.

Tout s’enchaîne : pain rompu, Agnus Dei chanté, hosties distribuées, les derniers rangs en premier et ainsi de suite, dans l’ordre. Musique, paroles, re-musique, re-paroles. Je reste sur ma faim. Cette assemblée me paraît d’un coup étrangère, comme si elle venait de me poser un lapin : mais où est passé le geste de paix ? Ce petit moment délicat où l’on ne sait pas trop vers qui se tourner, où l’on cherche à ne mettre personne dans le vent, où l’on fait style que l’on ne vient pas d’en prendre un, où la gente féminine ne sait pas exactement si elle doit faire la bise ou tendre la main à sa voisine, où l’on sourit à son voisin qui aura été, une fraction de seconde, aussi proche qu’un proche. Je suis repartie avec mon petit bout de paix à fleur de peau. Frustrée.

Photo par woueb

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