J’aurai voulu commencer avec plein de beaux clichés. Une subtile comparaison. D’un côté, mon lit douillet dans un appartement chauffé ; de l’autre la pièce froide dans laquelle tu étais parqué. D’un côté, les sourires de mon quotidien ; de l’autre l’ambiance glaciale qui t’es tombé dessus. D’un côté, mes remords embourgeoisés ; de l’autre, ta douleur devant les policiers claquant les portes de la liberté sur les doigts.

J’aurai voulu faire sentir l’injustice qui m’a asphyxiée, en entendant que tu avais été repris après avoir échappé à l’horreur une première fois. Le dégoût qui s’est déversé dans mes toilettes, en pensant à ta solitude derrière des barreaux. La haine qui a noué mes tripes, en imaginant les personnes qui ont participé à faire de toi un animal en cage pendant plusieurs jours.

Finalement, je ne peux que parler de l’impuissance. Les bras ballants face à la nouvelle de ta capture avant expulsion. Comment lutter pour toi contre un pays qui veut t’éjecter ? Comment garder espoir quand un système judiciaire semble déterminé ? Comment arrêter de se faire du souci pour toi qui, pourtant, a croisé mes pas si peu de fois ? Je n’ai même pas osé jouer à la journaliste devant ton sourire voilé.

Finalement, tu es dehors aujourd’hui. Mais je sais que la vie qui t’attend ne sera jamais empreinte de la sérénité qui imprègne la mienne. Pour vivre libre, tu dois disparaître. Pour vivre heureux, tu dois vivre caché.

Photo : oNico®

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