Ecris en écoutant « Prière » de Kenny Arkana.

Cheveux blanc rasés de près, il sourit doucement et ses rides se plissent. Les yeux assortis à son jean délavé, la chemise repassée. Impeccable. Le visage serein, il parle doucement. Il cherche un endroit bien particulier. Il croit se souvenir qu’il se situe dans le quartier. Elle lui indique où aller et tire une dernière latte sur sa cigarette. Quelques minutes plus tard, il sort avec la nouvelle adresse de l’exorciste sur une feuille blanche. Comme s’il venait de retirer une banale lettre à La Poste. En poussant la porte qu’il vient de passer, Elle ne peut s’empêcher de se demander ce qui amène un homme à l’allure classique à chercher ce genre de service.
Elle passe devant les casiers du courrier, où figure son nom, salue sa collègue de travail et dépose sa bouteille de coca dans le mini-frigo. Sur la poignée qu’Elle agrippe, des symboles se battent en duel dans une plaque de fer. Combien de personnes ont fait le même geste qu’Elle, espérant trouver une solution, une rédemption, une nouvelle vie derrière ce bout de métal ?

De l’autre côté, un bénitier de la taille d’une main est incrusté dans le mur. Des poissons figés depuis toujours nagent au fond de la couche de poussière. Tous les matins, Elle leur jette un regard, lui rappelant que son bureau n’est pas seulement une salle aux murs beiges et aux lumières blanches. Combien de phalanges ont plongé pour les caresser, s’imprégnant de l’eau qui les entouraient encore ?

Dans ce lieu, pas étonnant que les questions surgissent, poussées par son imagination. Quand un tiroir bloqué s’ouvre inopinément. Quand une coupure de courant survient quelques secondes après qu’Elle se soit rappelée de sauvegarder. Combien de fois a-t-Elle levé les yeux sur le crépis piquant, se demandant à quoi ressemblait l’ancienne chapelle de l’exorciste avant d’être meublée de quelques ordinateurs, une centaine de livres et des journaux diocésains des vingt dernières années ?

Il n’y a pas si longtemps, Elle n’y croyait pas. Les esprits qui s’emparent de l’âme, une invention de Mamy. Des démons qui possèdent l’Homme, un résidu du Moyen-Age. Un grand Mal à combattre, une distorsion de la réalité infiniment plus compliquée. Elle qui adore pousser les détracteurs de Dieu vers leurs contradictions, Elle s’est retrouvée prise à son propre jeu : si le Bien existe, alors le Mal ne peut pas être absent. Comme le plein doit prendre de la place pour que le vide se créé autour. Comme la lumière a besoin de l’ombre pour exister. Sur les détails, le doute plane encore. A l’image des fantômes qu’il lui semble croiser quand Elle courre ajouter une correction à la mise en page, dans le bureau voisin… anciennement sacristie de l’exorciste.

Et pour éviter de tomber dans les fantasmes sur l’exorcisme, ne faites pas confiance à n’importe quelle page Internet : le Cyber Curé pose quelques bases de la réalité de ce domaine particulier.

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