Jacques-Philippe Martin. 22 juin 1925 – 23 mai 2010.

« Le tableau que nous pouvons peindre de toi commence par de grandes mains aux avant-bras noueux. Tes doigts ont toujours eu l’odeur du fusain, la trace de la sanguine et les paumes ouvertes, comme une invitation. Au dessus de ton bureau, nous déchiffrions ton diplôme des Beaux Arts. « C’est vraiment à toi, Papy ? ».
Une de tes petites-filles sur les genoux, tu t’attardais longuement sur tes soirées passées dans l’ancien palais des papes, un crayon à la main. La réussite par le travail. Le leitmotiv de notre famille. « Sois attentive à l’école, sinon tu finiras à l’usine de pâtes ».

Dans ton atelier, tu nous donnais quartier libre. C’était ton univers que nous découvrions : les pinceaux aux milles formes, la palette de couleurs infinies, les feuilles gribouillées qui volaient dans tous les sens, les paysages du Brésil, des Antilles et autres coins du monde où tu étais allé dessiner des voies de train. Sur les murs, Van Gogh nous regardaient attentivement mettre tout sens dessus dessous.

Un joyeux bazard que nous apportions aussi dans ce chalet de Haute-Savoie où tu subissais nos caprices tous les étés. Les plans sont nés de ton esprit, les planches ont été posées à la force de tes bras. Un roc d’amour, le Roc’amour. Pour la sieste, nous nous blottissions contre ton grand corps, affalés sur le canapé devant la vieille télé à quatre chaînes. Des nombreux soirées de nouvel an passées ensemble, il ne nous reste qu’un goût de chocolat sur le palais. Et l’impression d’avoir évité quelques crises de foie grâce à ta vigilance. La petite lampe allumée dans l’obscurité de la nuit, aussi, et ta main sur notre épaule.

Celle-là même qui agrippait le bras de tes visiteurs la semaine dernière. Un sourire malicieux aux lèvres, tu chuchotais alors « Tu es fort, tu m’emmènes, on ne dit rien à personne et on fait le mur. Si quelqu’un nous cherche, on dira que j’ai été enlevé par mes enfants ». Aujourd’hui, tu es enlevé à nous mais tu n’es pas parti. Tu es allé t’asseoir sur un trône dans le ciel. Nous te trouverons toujours dans la voûte céleste. Nous, sept étoiles et un astre filant, comme les quatre petites étoiles qui suivent et les trois à venir, nous sommes à tes côtés. Protégées à jamais. »

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