J’ai le teint terne et les yeux qui cernent. Un peu de Nutella dans l’haleine et un hâle de haine au fond de la gorge. Si je ne devais pas travailler, je ne me lèverais pas. Si je ne devais pas vous appeler, je ne parlerais pas. Les cheveux en bataille, la tête en chantier, un marteau-piqueur dans les tempes et un rictus las au coin des joues. Si je pouvais, je dormirais. Si je voulais, je me réveillerais.
Mais je ne veux pas. Votre monde qui tombe en lambeau ne m’habille pas d’or et de lumière. Les guenilles que vous m’avez laissées attaquent ma peau et ma volonté. Vos querelles de grands hommes et d’étroits esprits tuent mes neurones à petit feu. Je ne prendrai pas les armes, elles font aussi mal que vos discours.

Vos grands mots sont les maux de mes nuits et de mes jours. Tour à tour, ils me tombent dessus comme des coups de massue. Mes mains ne me protègent plus de vos assauts. Mes paumes sont constamment attaquées par la virulence de votre venin. Insidieusement, il se faufile dans mes pores, brûle mon énergie et me laisse gisante sur le macadam. Votre verve vaniteuse n’y changera rien, vous avez échoué et vous vous gaussez que l’on doive reprendre votre flambeau éteint. Après votre passage, même l’herbe sous mes pieds pue le cramé.

Lui, là-haut, nous regarde avec attention, comme un curieux devant un troupeau de têtards gesticulant dans la vase. Lui, là-haut, a les yeux rivés sur nous et des rivières de larmes nous tombent sur le coin de la gueule. Cette existence tue. Je sauterai volontiers dans un trou noir. Une autre dimension. Une réalité alternative.

C’est réducteur ? Je sais, des morceaux de positif se baladent ça et là dans ce monde flétri. Pour l’instant, mes cils inférieurs et supérieurs sont englués les uns aux autres. Un jour, je serai avenante et souriante. Mais pas demain. Demain, je prie pour que mon sang meure.

Ecris en écoutant « Les vieux« , Jacques Brel
Photo de _Fü_’s (Flickr)

Advertisements