– Allo Dieu.
– Oui ?
– En fait, non, je ne suis pas d’accord !
– Tiens donc ?
– Je sais, c’est toi qui décide, tu sais mieux que moi, mieux que nous. Je sais, je ne suis pas grand chose, je ne devrais même pas t’apostropher comme ça.
– Quoi que je dise, tu ne t’en prives pas alors autant que cela serve.
– Je sais, il y a d’autres sujets sur lesquels je devrais m’énerver contre toi, la faim dans le monde, la connerie humaine, la guerre, les maladies et finalement, il n’est qu’un seul être en fin de vie.
– Je suis en toutes petites choses alors je suis là aussi en lui.
– Je sais, il n’y a rien d’extraordinaire à avoir un grand-père malade, je n’ai pas de regret, ce n’est pas comme si nous étions dans le besoin ou la détresse. Ce n’est pas comme si ces derniers instants ne révélaient pas des trésors de partage.
– Vas-y, demande, arrête de tourner autour du pot.
– Je ne veux pas qu’il parte. C’est assez simple finalement. Tu ne peux pas faire un effort ?
– Que crois-tu que je puisse faire ?
– Un tour de passe-passe. Réparer son cœur, ce n’est qu’un ou deux tuyaux à fixer. De la bête plomberie. Vider ses poumons de l’eau qui monte, ce n’est pas comme si tu ne maîtrisais pas cet élément. T’as déjà jouer avec. Le reste, ce sont des broutilles, un peu d’huile dans les articulations, histoire qu’il soulève son pinceau à nouveau, qu’il marche de la télé à la cuisine.
– Cent balles et un mars aussi ?
– Non, les mars, j’essaie d’arrêter, et on est passé à l’euro. Tu suis pas trop de là-haut.
– Ça serait un peu suspect, un miracle ?
– Comme si ça t’avait retenu dans le passé. Fais pas l’innocent. T’as juste à retenir la petite colombe de l’Esprit Saint dans tes mains quand il demandera le sacrement des malades ce soir.
– Tu crois vraiment que c’est une solution ?
– Non, je sais que ça ne l’est pas. Je sais aussi que s’il a demandé une dernière bénédiction, c’est qu’il en a besoin… qu’il sait que c’est la fin. Mais aujourd’hui, je préfère t’engueuler, c’est plus simple. Une querelle de Père à fille en somme.

Publicités