Emotive je suis, je le sais. Pudiquement, je dis « sensible ». Je ne vais quand même pas jusqu’à pleurer sur l’actualité : pour toutes les emmerdes que le monde m’envoie à la figure, j’ai toujours vu une étincelle naître ailleurs, ou après. Optimiste je suis, je le sais. Et je crois sincèrement qu’on peut seulement aller vers une amélioration. Etant donné le travail monstrueux qu’il reste pour faire de cette Terre un « paradis ». Naïve je suis, je le sais. Les nouvelles de ce monde sont pourtant exaltantes. Tant de choses se passent à chaque minute que l’actualité en intraveineuse est une drogue-dure douce à mon existence. Emportée je suis, je le sais. Mais certains coups de poing du monde font saigner. A hurler à la gueule de ce monde. Comme en lisant un certain article il y a quelques temps sur des « infiltrés » dans les confessionnaux de Lyon, qui m’a encore placé devant cette schizophrénie que je ne maîtrise pas encore, scribouillarde dans mes tripes et croyante dans mon cœur. Cette dichotomie que je veux maintenir car elle est mon salut : l’un et l’autre sont liés mais n’ont pas de rapport de causalité entre eux ; l’un et l’autre se nourrissent ensemble de mes rencontres ; l’un est mon métier, l’autre mon intimité.

Pétrifiée j’étais donc, en imaginant un journaliste devant un prêtre qui croyait avoir affaire à un fidèle, dans le secret du confessionnal. Jusqu’où peut-on aller ? Journaliste je suis, et fière de l’être. Mon métier est de décrypter les événements, de révéler le dessous des cartes et les sous-titres des citations. Mettre l’information à nue ne suffit pas, si le lecteur ne saisit pas comment les vêtements ont été enlevés. Horrifiée je suis, dans ma raison. Parce qu’entrer dans un confessionnal comme on entre dans un café dénote, à mes yeux, un irrespect envers son interlocuteur. Une broutille pour certains, sauf que sans cette marque de respect, tous les prochains ont raison d’être méfiant. Un détail sur lequel repose entièrement la profession que j’exerce.

Humiliée je suis, dans mon cœur. Car je crois profondément en Dieu. Je suis catholique, même si je ne suis pas la plus assidue à pratiquer les sacrements. De toute ma vie, je ne me suis confessée qu’une seule fois. Parce qu’on ne va pas à confesse comme on va faire ses courses. Le sacrement de réconciliation m’oblige à me remettre en question. Pas vis-à-vis de Dieu tout seul, mais envers les gens que je croise. Ceux pour qui j’ai de la haine quand je devrais laisser couler, ceux que j’ai emmerdé quand j’aurai dû ignorer, ceux que j’ai blessé quand j’aurai dû chercher à comprendre.

Blessée je suis, tout connement. Ce sacrement représente quelque chose pour moi. Tu n’y crois pas, je m’en fous et je n’ai pas l’intention de te faire changer d’avis. Tu ne comprends pas, je m’en tape et je ne te l’expliquerai que si tu me poses des questions. Je ne viendrai pas te chercher pour te vendre la soupe qui me rassasie. Tu n’aimes pas mon pape, c’est ton problème. Je n’aime pas le café et je n’entends pas renverser ta tasse sous tes yeux pour te le faire comprendre. Tu n’aimes pas les prêtres, arrange toi avec eux.
Une je suis, sur environ 6,8 milliards de personnes dans le monde. Insignifiante. Mais je mérite un minimum de respect. Je mérite que tu te rappelles ces valeurs que tu veux dénoncer, ces principes humains que tu hurles au dessus de tout et que tu bafoues sans sourciller. Pour une information… qui s’obtient simplement, en mettant en confiance l’interlocuteur pour qu’ils se livrent. Parce que ça, c’est mon métier.

Ecris en écoutant Zaz, « je veux ».