Qu’il fait froid dans cette chambre. Fenêtres grandes ouvertes, énième cigarette au bec. Elle tortille la poche retournée de son jogging informe, assise sur le rebord du lit défait. Il s’est assis en face d’elle, sur le fauteuil en plastique rose assorti au mobilier tendance de la pièce. Il regarde le sol jonché de journaux, magazines, vêtements et autres bordels perpétuels.

Elle savait qu’Elle Lui devait la plus grande clarté. Elle savait aussi l’effet que ces quelques mots allaient avoir sur Lui. Elle savait qu’Il n’était pas prêt à les entendre. Elle savait qu’Elle aurait du mal à les faire sortir. Les courants d’air passent sur leurs joues rougies. Elle ouvre la bouche, la referme, avale sa salive, lève les yeux au plafond, jette un regard vers lui, détourne la tête, reprend sa respiration, ouvre à nouveau la bouche… Le silence est insupportable. Les mots ne sont pas mieux. La phrase sort enfin.

Devant Elle, Il reste immobile. Son visage se fige, se crispe, tremble, grimace, se déchire, se noie. Il l’enfouit dans ses mains. Dans une dernière tentative, Il la dévisage, cherchant une alternative au couperet qui vient de tomber. Elle veut hurler, Elle veut changer les faits, Elle veut revenir en arrière, Elle veut ressentir à nouveau, Elle veut le consoler, Elle veut le rassurer, Elle veut l’accompagner, Elle veut le voir partir, Elle veut… Elle s’en veut. Elle l’a tué. Quelques mots ont suffi.

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