En écoutant les vieux disques de sa mère, Elle regarde la crèche qui scintille. Plus d’une trentaine de santons, dont le fameux « coup de vent ». Posée sur le meuble qui trônait dans la maison de Sa grand-mère. Aux murs, les reproductions d’impressionnistes, réalisées aux plus belles heures de la carrière de peintre de Son grand-père.

Les vieux disques de Son enfance tournent en boucle. Moustaki, Patricia Kaas, Charles Dumont, Gianada et bien sûr, Patrick. Portée par la mélodie, Elle ferme les yeux. Les tons de la pièce change de couleur, passant de l’oranger à la tendance blanchâtre teintée de bleue de Ses premières années. Le mobilier se met à bouger. Disparaît. Laisse place à Ses souvenirs. Le gros canapé noir dans lequel Elle s’enfonçait, comme si Elle pouvait s’évanouir hors de portée. Le tapis assorti un peu rugueux à la mode des années 1970 avec ses motifs psychédéliques, traits blancs et figures géométriques qui partaient dans tous les sens et qu’Elle pouvait fixer des heures durant. La grosse télé grise qui lui paraîtrait tellement antique aujourd’hui, sans télécommande et aux boutons abîmés. La table du salon qui Lui semblait ne jamais finir et ne jamais être à la bonne taille. Sa collection d’une vingtaine de cassettes vidéo qui entraient laborieusement dans le lecteur dernier cri.

L’espace d’une seconde, Elle se revoit. Elle lit, lovée dans le fauteuil rembourré aux accoudoirs immenses qu’Elle a poussé contre le mur pour pouvoir mettre ses pieds sur le radiateur tout en ayant ramené le long rideau de dentelle autour d’Elle. Une cabane pour quitter la Terre et s’envoler vers d’autres contrées. Elle range avec précaution un énième dessin dans le meuble mural qui regorge de trésors. Quatre tiroirs pour Ses productions artistiques de gamines, deux pour les crayons et feutres, deux placards avec la vaisselle des beaux jours, plusieurs étagères bondées de BDs et livres, les verres derrière une vitrine, un bocal avec deux poissons rouges.

En ouvrant les yeux, Elle réalise que peu d’objets ont résisté aux intempéries de la vie : aux naissances qui amenaient leur lot de cadeaux ; au divorce qui a emmené des bouts de la pièce ; à la souffrance des souvenirs ; aux joies des instants de complicité ; aux voyages qui ont enrichi la déco. Il reste la crèche – intemporelle – le lecteur de cassettes – vestige – et le radiateur – fidèle au poste. Et les images dans Sa tête.

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