12. Elle en a comptées quatre groupes de trois. Leur lueur rend le reste de l’église sombre. La noirceur des murs semble autant dû à l’éclairage de ces bougies qu’au temps. Cela fait quand même plus d’un siècle que les pierres recouvertes de chaux peinte de cet imposant édifice sont posées là, en plein vieux Bucarest. La partie de la ville qui a résisté à un grand feu dans les années 1930, celle qui a tenu bon après les tremblements de terre des années 1970 et qui est sortie plus ou moins indemne de la période communiste. A l’entrée, Elle hésite, impressionnée par l’espace imposant qui se dessine devant elle. L’ambiance est pesante, comme dans une grotte. La poussière rend invisible les fresques dont un bout de main ou un oeil percent selon où Elle se place. Suivant les moquettes étroites qui guident vers la nef, Elle aperçoit contre les parois ténébreuses, des chaises empilées, des coussins à terre, des tables recouvertes de dentelle. Elle se croirait presque chez un antiquaire. En face d’Elle, la faible lumière des cierges se reflète sur la porte qui garde le coeur de l’église, l’iconostase. Les détails ont disparu sous les doigts des fidèles qui, après avoir récité une prière, touchent chaque visage, chaque main, chaque manteau des saints figés dans le cuivre. Arrivée au centre de l’église, Elle lève les yeux au plafond qui disparaît dans la pénombre. Comme si l’espace semblait s’étendre à l’infini, sous le regard attentif des Pères de l’Eglise qui veillent sur le peuple de Dieu.

15. Il est quinze heures et la vieille femme au manteau noir assorti à la robe du curé doit fermer les lourdes portes en bois sculpté. Dehors, la luminosité l’aveuglerait presque.