Il y a celle encastrée dans le bitume où les journalistes se tenaient quand la police politique a tiré sur la foule un certain jour de décembre au centre de Bucarest. Oubliée par les passants qui ne baissent plus les yeux. Difficile à trouver pour les touristes qui tournent un quart d’heure avant de la situer.

Il y a celle en pierre, au milieu d’une des places principales de la capitale qui commémorent les morts de la « révolution » roumaine. Ornée de petites fleurs et de lumières, les quatre voies de voitures passent à côté sans s’arrêter et les piétons n’ont aucun passage aménagé pour la rejoindre. Il y a celle toute simple qui pend aux rétroviseurs du taxi. Immanquablement.




Il y a celle qui pointe ostensiblement vers le ciel en haut d’un discret clocher coincé par d’immenses immeubles qui l’entourent. Presque écrasée, presque cachée, presque invisible. Sauf pour le curieux averti. Il y a celle qui se voit de tous, portant un Jésus grandeur nature tout de doré recouvert, au bord d’un boulevard aux allures de périphérique. Derrière lui, un bâtiment aux faux airs de palais arborent des bas-reliefs assortis. Il y a celle en bois, aussi haute que ne sont petites leurs voisines qui ornent un monument, érigé en face, à la gloire des combattants communistes morts pour la « libération » de la Roumanie en 1948.


Il y a celle tout de fer forgé aux bras travaillés qui surplombent une cathédrale aux dômes verts pommes et aux murs blancs impeccables. Une combinaison que la catholique latine qu’Elle est trouvera toujours exotique.

Il y a celle qui se découpe délicatement devant un vitrail dissimulé à la face du monde dans une chapelle nichée au coeur d’une maison de religieuses. Sur une table simpliste, entouré d’icônes travaillées, le crucifix d’à peine 10 centimètres semble transparent tout en étant la première chose que l’on voit en entrant.



Il y a celle que l’on devine, sous les différents pulls de ce prêtre. Sans ornement, sans apparat. Pas trop sortie, en souvenir d’un temps où il était toujours suspect de « croire ». Jamais absente, en souvenir d’un temps où « croire » signifiait survivre. Au risque de la mort.

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