Elle a choisi de se lancer. Une fois de plus. La Moldavie avait été un rythme de folie, un coup de vent, et au final quelques regrets. La Roumanie, Elle ne sait pas ce que ce sera. Elle n’est même pas sûre de savoir ce que c’est.

Depuis une semaine, Elle avale les lignes sur ce pays des Carpates. Cette chaîne de montagnes qu’Elle n’avait pas su placer sur une carte au collège, provoquant une réunion parents-prof hilarante. « Je me fais du soucis pour votre fille, vous savez, elle a mis les Carpates dans le Caucase ! » s’était exclamé le vieil enseignant devant son père et sa mère riant sous cape, aussi ignare que leur fille sur la question.

Ce pays donc. Meurtri, ensanglanté, corrompu. Devant Elle, il est blanc. Immaculé. Grâce à cette neige abondante qui lui rappelle les coteaux du Saint-Eynard dans son enfance, quand Elle descendait à l’école en boots et luge. Neigeait-il 20 ans auparavant, quand la population battait le pavé contre le « génie des Carpates » (encore elles ! ), le « dictateur rouge », le « conductore », le Nicolae Ceausescu ? Sur les photos, on ne dirait pas mais ils devaient bien sentir le froid leur mordre les doigts et le visage. Ils n’ont pas dû marcher très loin de la route qu’emprunte Son bus. En regardant à travers la vitre baveuse, Elle essaie d’apercevoir des reflets du passé qui se faufileraient entre les flocons. Alors que les néons crillards de Bucarest se font de plus en plus présents sur les grands immeubles bordant l’allée principale.

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