Aujourd’hui son grand-père vient d’être admis à l’hôpital. Il a 87 ans, un coeur qui fait des pauses, une tension qui repasse en première par moment et des membres avec la facheuse tendance de croire qu’ils peuvent arrêter de marcher sans prévenir. Il y a un an, il a commencé à devenir hypocondriaque, se plaignant tous les matins d’une nouvelle douleur, se couchant tous les soirs en croyant que fermer les yeux suffirait à le faire partir vers la grosse lumière. Même si tous les docteurs lui disaient qu’il était plutôt en bonne santé pour son âge. Depuis six mois, depuis que son enveloppe corporelle va effectivement moins bien, il a accepté que son heure allait venir.

Le plus dur n’est pas pour Elle mais pour sa mère : Elle a beau essayé de relativiser, Elle n’arrive à comprendre comment celle-ci peut être si sereine, presque résignée. Sa maman a accepté qu’il devrait bientôt partir mais Elle n’accepte pas encore. Jusque là, c’était une idée, des mots, une invisibilité, une impossibilité… Maintenant, c’est une tranchante réalité, une poignante gène qui s’incruste dans ses entrailles.

Il faut croire que chaque fin de vie rappelle que ceux qui nous sont proches vont, un jour, disparaître aussi. Alors oui, il a eu une belle vie, une riche vie, des amours, des amis, des enfants, des petites-filles, des passions, des déceptions. Alors non, ça ne veut pas dire que cela ne touche pas, qu’on aimera pas qu’il reste encore un Noël de plus, qu’il soit encore là pour raconter pour la 26e fois « tu sais, quand tu es née, j’étais au Mozambique et quand le télégramme est arrivé, j’ai sorti quelques verres avec mes ouvriers et nous avons trinqué à ta santé »… Alors oui, trinquons encore.

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