Samedi 10 octobre. 7h30. Le silence est assourdissant. Dans le hall de l’aéroport, Elle tourne la tête à chaque mouvement de mains. Celles-ci volent, dansent, s’agitent… Une conversation passionnante se déchaîne sans un mot. Par moment, sa collègue murmure, chuchote les phrases que ses avant-bras transmettent. Dialogue avec des sourds et même parfois muets. Sans rien comprendre, Elle devine aux expressions du visage un sentiment, une opinion. Sur quoi ? Elle ne devine pas jusque là. Certains gestes lui semblent familiers : Elle s’exclame alors « je sais ce que cela veut dire ! » Comme un gamin qui vient de saisir le sens des quatre lettres assemblées dans un livre de 200 pages. Ce voyage en Moldavie avec une délégation de Pédiatre du Monde qui va organiser un congrès sur la langue des signes s’annonce doublement dépaysant.

A l’arrivée, le petit aéroport de Chisinau (lire Kichino) est presque bondé. Une cinquantaine de personnes se pressent devant les portes du débarcadère, L’empêchant de passer. Après s’être frayé un chemin, le petit groupe composé de deux médecins, un couple de sourds, la responsable de l’association pour la promotion de la langue des signes et deux interprètes se retrouvent près des portes. Autour d’eux, des pères embrassent leurs enfants sous le regard des grands-parents, des couples s’enlacent amoureusement et de vieux amis se donnent l’accolade. Leur point commun ? Les revenants arborent tous fièrement une rose ou un bouquet de trois fleurs qu’ils viennent de recevoir. Elle comprend mieux que les petits fleuristes qui étalent leurs biens dans des box de deux mètres sur trois soient encore ouverts alors que la nuit a englouti la ville depuis plusieurs heures.

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