Au petit matin, Elle se prépare. Etre levée si tôt un dimanche, il faut le faire quand même, Elle qui vient d’une famille où la grasse matinée dominicale prévoyait que l’on débranche téléphone et sonnette de la maison jusqu’à midi. En mode zombie, Elle s’habille. Boucles d’oreille ou collier ? Pull ou joli t-shirt ? Pour une première rencontre, il vaut mieux avoir l’air de quelque chose. Mais de quoi ? Elle ne sait même pas si Elle se fondra dans la messe, si Elle ne sera pas dévisagée pour avoir osée passer le parvis alors qu’Elle esquive ce rendez-vous depuis plusieurs années maintenant.

Après avoir hésité trois fois avant de lacer ses chaussures, signe du départ, Elle passe enfin la porte de son appartement. En sortant de l’ascenseur, Elle sent une légère brise et son estomac se noue un peu plus. Ne risque-t-Elle pas d’être déçue une fois de plus ? Cela fait tellement longtemps qu’Elle ne se retrouve plus dans les sermons du monsieur à la robe blanche, qu’Elle cherche sur les fioritures des voûtes le sourire de Dieu absent des visages de l’assemblée, qu’Elle remet à plus tard le moment fatidique d’entrer en contact avec une nouvelle communauté de fidèles.

Exceptionnellement, Elle a laissé ses écouteurs sur son lit. Si Elle doit y aller, alors Elle veut le faire bien et se mettre, dès le trajet, à fond dans cet instant. En voyant le clocher se découper entre les immeubles, Elle ne peut s’empêcher de ralentir le pas. Jamais Elle n’était allée à la messe toute seule avant et Elle se prend à regretter d’être déjà à mi-chemin. Mais les cloches se mettent à carillonner et son côté volontaire prend le dessus : si tu n’y vas jamais, faudra pas te plaindre de ne pas trouver ta place dans l’Eglise ! lui susurre-t-il.



A l’entrée, une vieille paroissienne lui tend le guide de la rentrée. Au moins, Elle aura de la lecture si Elle s’ennuie. Sans trop oser regarder autour d’Elle, Elle s’installe sur l’une des petites chaises en bois et osier, à mi parcours entre la porte (pour fuir) et l’autel (pour voir). Avec plaisir, Elle découvre des familles asiatiques, des mamies africaines, des couples occidentaux et des enfants un peu partout…. Un vrai visage d’Eglise bariolé. Peu de jeunes mais en même temps, s’ils font tous comme Elle, venir une fois tous les 36 du mois, Elle ne peut pas leur en vouloir.

Le prêtre sourit beaucoup, l’assemblée n’hésite pas à rire pendant l’homélie, ses voisines échangent des confidences à voix basse. Une messe vivante. Une bonne surprise. Après la communion, Elle Lui confie sa trouille et promet de toujours essayer de la dépasser.

Sur le chemin du retour, Elle s’aperçoit qu’un semblant de sourire traîne sur ses lèvres. Finalement, personne ne l’a mordue, personne ne l’a jetée dehors, personne ne l’a regardée comme une pestiférée. On lui a même dit bonjour !

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