Ses grands yeux verts la fixe sans jugement. Tamara, longue panthère noire immobile, l’attend tous les soirs sur la couette aux draps bleu pastel. Gardienne de ses rêves, elle se garde bien de les divulguer. Pourtant ils ne sont jamais très loin de son oreiller. Le dernier en date : un large tissu blanc qui flotte dans le vent, un rayon au doigt et un cocon dans une vallée. 

Elle et Lui en avaient déjà parlé. Sans trop de précision. Juste le nombre d’invités, la couleur des serviettes et la saison. Pas vraiment de date, mais un lieu quand même. 

Elle et Lui se seraient mariés dans cette petite église aux pierres vieillies entre un pic et une montagne au dos rond. Sous le regard des Saints illuminés sur les vitraux vert et jaune. Celui de leur famille, nombreuse car plusieurs fois recomposée de part et d’autres. D’ailleurs il aurait fallu faire des choix, entre les grands-parents qui ne peuvent plus se voir et les oncles et tantes à foison. Au niveau des amis, Elle et Lui avaient déjà opté pour un minimum, ceux qui comptent, ceux qui sont là depuis longtemps et qui ont toujours veillé sur l’un ou l’autre, envers et contre tout, même les conneries de l’adolescence. 

Lui aurait porté un costume gris, qui met en valeur ses yeux clairs. Elle aurait porté une longue robe, qui met en valeur son décolleté. Lui aurait choisi des textes drôles, des moments où l’assemblée aurait ri avec les futurs mariés pour créer l’ambiance qu’Il dégage dans la vie : une légèreté sereine empreinte de bonne humeur et de bon humour. Elle aurait été en charge des textes spirituels, des instants où l’on sent que la cérémonie n’est pas seulement une heure à s’asseoir et se lever sans comprendre de qui on parle quand on dit « seigneur » : une foi qui se dégage de son sourire qu’importe la personne qu’Elle a en face d’Elle. 

Une fusion parfaite ? Une fusion impossible. Elle et Lui ont beau marcher main dans la main, côte à côte dans l’allée de l’église, sur le parvis, Elle va à droite et Il va à gauche. La lumière éblouit quand on ouvre d’un coup la massive porte en bois de l’édifice mais l’instant de grâce dissipé, la réalité frappe d’autant plus fort. Elle et Lui ont marché main dans la main, côte à côte dans l’allée de la vie, sur le pallier de celle-ci, Elle partait, Il restait. 

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