Le 1er mai, des milliers de Français ont défilé dans la rue. Ils n’étaient pas contents. A Chengdu, des millions de Chinois étaient dans les rues. Ils étaient très contents. Car la fête du travail est un jour férié. Voyage en famille, shopping ou promenade dans les parcs : ils célèbrent. Les espaces verts sont pris d’assauts, les escalators des centres commerciaux bouchonnent, les taxis sont introuvables ou complets. Et certains vont au Salon de l’Immobilier. Pour les Grenoblois, imaginez Alpexpo pour un salon quelconque, multiplié par cent. Les autres, imaginez l’enfer. Huit halles immenses, des commerciaux qui harponnent les passants dans les allées, des étudiants qui fourrent des prospectus dans vos mains de gré ou de force, plusieurs hauts-parleurs par salle qui crachent des tubes des années 80 européens version chinois, au moins un million d’habitants sur les neuf que comptent la ville, un bruit de fond insupportable. Et au milieu, trois français et une pauvre étudiante chinoise qui se dit qu’elle aurait dû écouter son père et faire des études de médecine plutôt que d’apprendre la langue de Molière. 

Le week-end de la fête nationale a aussi donné lieu à un festival de « hip-hop ». Comme tous festivals qui se respectent, différents styles de musique ont torturé les oreilles du public. N’ayant été prévenu que le dernier jour (dimanche), nous avons fait une petite heure de taxi pour arriver dans le parc nouvellement inauguré qui accueillait les trois scènes et des dizaines de tentes autour d’où s’échappaient des odeurs de brochettes épicés et de poulpes grillés. 

Une chinoise aux airs d’adolescente qui hurlaient des sortes de paroles de métal tout en sautant partout dans une mini-jupe à froufrou. Un DJ sur une plate-forme high-tech avec dix personnes devant lui. Un groupe français vivant à Chengdu qui chante en anglais et fait défiler des vidéos de manifs parisiennes pour un public d’expat accompagnés de leurs copains/copines aux yeux bridés. Un « brian adams » national aux cheveux laqués avec un brushing à la Charming rassemblant des milliers de personnes sur des mélodies pop mielleuse. Je ne sais pas où était le hip-hop mais peut-être a-t-il annulé au dernier moment en voyant ses collègues de show… 

L’espace est, comme tous les quartiers de la ville, cerné par les grues et chantiers de gratte-ciel en construction, même si officiellement, « le marché de l’immobilier est en berne ». Avec 40°C à l’ombre, nous avions d’autres soucis : devoir poser des questions sur le séisme à des jeunes qui venaient écouter du gros son et s’amuser. Quelques stands d’ONG en rapport avec le sujet nous ont permis d’avoir des brides d’informations. Mais il est souvent délicat de discuter avec des festivaliers les yeux rivés sur la scène, complètement pris par la musique ; comme il est compréhensible que des midinettes n’aient pas envie de perdre cinq minutes avec des étrangers alors qu’elles pourraient être en train de se faire prendre en photo avec leur idole trop maquillée ; enfin il est évident qu’une maman qui sort du stand de l’ONG locale soutenant les victimes du séisme se soucie de la situation actuelle dans les zones sinistrées et oui, c’est triste les photos de maisons détruites. Parfois je fais un métier dur, parfois je fais un métier sale.  

PS : Oncle Howard est de retour, tome 10 de « Jonathan ».

Ecris le 2 mai 2009

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