A la tombée de la nuit, un groupe de personnes s’affaire devant l’église de Mianzhu. Plus de mur, quelques tuiles du toit s’amoncellent sur le côté, la dalle blanche consacrée est à nu. Une à une, des bougies s’allument dans les mains des catholiques de cette ville d’environ 20 000 habitants. 

Il y a presque un an, la terre tremblait. Et le Sichuan pleurait. Il y a presque un an, ces croyants meurtris étaient déjà là pour prier. Ce lundi 11 mai, les chants de Taizé s’envolent vers le ciel pour célébrer l’espoir et l’avenir car les pratiques de cette communauté née en France sont bien ancrées chez les croyants de Chine. Plus tard dans la soirée, les larmes coulent sur leurs visages pensifs en passant devant les photos de l’exposition organisée par l’Association patriotique catholique de la ville, organe officiel de cette religion. Maisons détruites, gravas et fantômes des corps absents des clichés. 

Le lendemain, jour du séisme, il est interdit de faire la fête. La messe dans l’édifice écroulé rassemble peu de monde, les fidèles des villes voisines comme la métropole de Chengdu pouvaient venir d’eux-même mais rien n’était organisé pour un transport en commun. Pourtant les catholiques n’ont pas cessé de faire pour les victimes, ou de donner, comme l’expliquent les quelques associations caritatives invitées par l’Eglise officielle à faire un bilan de leurs activités depuis le terrible jour. Ils ne comptent d’ailleurs pas s’arrêter puisque des projets de soutien sont encore prévus quand ils ne sont pas déjà en place. 

Tout ceci a beau être basé sur des informations glanées cette semaine, je ne le verrai pas. Ce reportage aurait pû être riche d’histoires, plein de vie d’une église dont je me sens proche même dans ce pays. Il aurait pû refléter des visages, des actions, des initiatives. Il aurait pû faire l’objet de rencontres, d’échanges et de liens. Il aurait pû être intéressant pour les catholiques de France, pour les rares lecteurs du journal de mon école, pour les auditeurs de France Inter. Il aurait pû être positif pour la Chine, pour le gouvernement national et local, pour les catholiques du pays comme ceux de cette ville. Il n’aurait pas changé le monde. Il aurait changé mon monde et peut-être celui des quelques personnes qui seraient tombées dessus par hasard. 

Mais le gouvernement de Mianzhu en a décidé autrement : honk-kongais, taïwanais et étrangers sont interdits dans la ville le 11 et le 12 mai. Les policiers veilleront bien à ce que personne ne vienne « mettre en péril la sécurité des habitants ». 

Pas de personnes disponibles, pas d’infos, pas de fil rouge, pas assez de substances, pas d’angle… Des sujets qui n’aboutissent pas, il y en a des milliers par jour. Ce n’est ni mon premier, ni mon dernier. C’est juste la première fois que je touche du doigt la limite des libertés dans ce pays. Que je réalise la fragilité de celle-ci dans le notre. 

Ps : le privilège du serpent, tome 8 de « Jonathan ». 

PS 2 : http://cuej.u-strasbg.fr/chine/index_chine.htm

Ecris le 10 mai

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