Celui qui mène les fleuves à la foi


Les informations pleuvent et il est de plus en plus difficile de les assimiler toutes à la fois. Je suppose que cela s’appelle, aussi, grandir. 

La situation des catholiques ici a l’air très claire vue de France : d’un côté les gentils, ceux qui continuent à promettre allégeance au Pape, les clandestins ; de l’autre, les méchants, ceux qui s’inclinent devant l’Association patriotique catholique, qui embrasse les positions officielles du gouvernement et fait tant de persécutions. Pourtant, sur le terrain, tout est beaucoup plus flou (certes, c’est souvent le cas). 

A Chengdu, j’ai rencontré le père San*. Chinois, la trentaine, parlant l’anglais plus ou moins bien et habitué aux voyages en Europe, il appartient à l’église « officielle ». Quand il rentre dans sa province, où il n’y a pas de bureau de l’Association catholique patriotique, il passe « de l’autre côté ». Il a été élevé dans la foi de Jésus-Christ quand ce n’était pas une bonne période pour être catholique en Chine. Ses grands-parents ont d’ailleurs passé quelques années en prison pour cela, il y a longtemps maintenant. 

Ronda*, jeune européenne, travaille avec lui. Depuis trois semaines qu’elle essaie de monter des opérations pour aider les villageois qui ont tout, ou presque, perdu pendant le tremblement de terre, elle est souvent étonnée du mode de fonctionnement chinois. Tout s’achète, tout le monde a un prix, un mensonge simple est plus salutaire qu’une vérité compliquée, discrétion et secret valent mieux que transparence. 

C’est ce que nous découvrons aussi sur le terrain. Mes collègues qui sont à la périphérie du district de Chengdu, dans les villes de Dujiangyan et Pengzhou rencontrent moins de facilités que nous autres dans la grande ville. Quand nos étudiants chinois parlent un très bon français, leurs traducteurs disposent d’un anglais approximatif. Quand nos petits associés cherchent et insistent pour nous obtenir des rendez-vous, les leur ont tendance à suivre le programme officiel décidé par le gouvernement local. Quand nous discutons dalaï-lama et droit de la presse (avec précaution pour ne pas leur paraître arrogants), les jeunes encartés de l’université sensés traduire leurs échanges avec les villageois censurent et refusent parfois de faire le lien, jugeant l’information « non diffusable ». Des exemples qui montrent une fois de plus la diversité des cas et surtout des personnes et mentalités dans ce pays à taille de continent. Autorisations, changements de planning, le travail va doucement car il ne faut pas être pressé, au risque de brusquer les choses et perdre toute chance de contact.

PS: Celui qui mène les fleuves à la mer, tome 12 de « Jonathan », à mes yeux le meilleur. Se lit très bien sans avoir les précédents. 

* Les noms ont été changés.

Ecris le 2 mai. 


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