Pieds nus sur l’asphalte


En Chine, les choses vont vite. Les voitures et vélos ne freinent que pour les feux rouges, ils s’évitent le reste du temps en zigzagant entre les quatre voies des routes. Les heures passent à 200 à l’heure quand on cherche à tout voir -les bâtiments modernes aux néons géants qui côtoient un labyrinthe de ruelles bondées de garages/magasins- et tout sentir, surtout -bien qu’il est plus agréable de se faire caresser le nez par les effluves des cuisines de rues que par celles des pots d’échappement. Le travail enfin, car après deux tout petits jours de mise en bouche touristique, nous voilà déjà la tête dans le guidon, en quête de sujets et autres contacts aux yeux bridés. 

Côté tourisme, je ne me sens pas encore rassasiée mais ce pays est tellement plus grand que tout ce que l’on connaît (et j’ai arpenté les villes américaines plus d’une fois). Chengdu fait modestement 25 millions d’habitants et vue de France, c’est une petite ville perdue au milieu de la Chine. Hier, d’après le plan, nous avions seulement à faire une petite demi-heure de marche pour aller boire une bière locale dans un bar recommandé par nos étudiants chinois. Au bout d’une heure de marche le long d’une avenue plus large que les Champs Elysées d’où l’on voyait l’horizon se perdre dans un brouillard de pollution, il nous a semblé être au bout du monde. 

Un peu plus tôt dans l’après-midi, nous avions rencontré nos étudiants chinois. Après le mot de bienvenue et les ronds de jambe classique, nous avons eu droit à une petite litanie du Parti : « En Chine, même les pauvres sont riches. Oubliez vos stéréotypes et apprenez à comprendre que le chinois est votre ami. Concentrez vous sur le positif dans vos recherches autour de la reconstruction après le seisme car de grandes choses ont été faites. » Nous avons bien évidemment ravalé nos grincements de dents. En un sens, il n’avait pas (toujours) tord, lors de nos recherches aujourd’hui nous avons effectivement trouvé que beaucoup de choses ont été faites depuis le tremblement de terre. Ils ont même commencé à organiser des tours pour touristes afin de visiter les ruines des écoles et des hôpitaux ! Alors que certains parents n’ont pas pu accomplir de cérémonies de deuil dans ces mêmes endroits… 

PS : Pieds nus sur les rhododendros, tome 3 de « Jonathan ». Je cherche à chaque coin de rues, les traits de ce héros de mon enfance sur les visages des passants et les expressions de la petite Drolma sur les visages de chaque enfant. 

Ecris le 27 avril. 

Publicités