J’aurais voulu, vraiment j’aurais voulu voir l’un de vous comme quelqu’un de droit et honnête ; sentir qu’il va pouvoir changer le monde ou simplement faire ce qu’il dit, dire ce qu’il va faire ; rencontrer une équipe qui n’oublie pas ; débattre avec un groupe autour de lui qui ne triche pas ; avoir des raisons de m’engager.
Mais je ne vous crois plus.
Quand tu dis que tu veux une France chrétienne. Et que tu ne veux pas accueillir l’Autre comme ton frère. Je te l’accorde : je ne t’ai jamais cru non plus.
Quand tu dis que tu veux rassembler. Et que tes discours sur cinq ans discriminent – tout en accusant – l’Autre, ce frère. J’avais des doutes mais je te pensais plus attentif au bien être de tes concitoyens, et pas seulement à leur sécurité ou à leur porte-monnaie parce que le bien-être c’est tellement plus que ça.
Quand tu dis que tu es portée par des valeurs, par une cause, puisant dans ta foi. Et que tu jettes l’éponge quelques semaines plus tard. J’avoue, ton positionnement m’a toujours paru étrange mais je pensais que tu étais une battante.
Quand tu dis que tu es fait pour être président. Et que tu laisses végéter ton parti alors que tu étais la troisième voie, celle qui aurait pu compter. Toi je t’ai cru dans le passé.
Quand tu dis que tu veux construire une France avec un avenir neuf dans une société plus juste. Et que les membres de ton parti, tes amis, sont plus prompts à mettre un homme sans petits papiers dans sa poche dans un avion que le plus anti-immigration de tes opposants. J’aimerai tellement te croire. Tu vas sûrement t’en sortir mais en sortiras-tu grandi ?
Quand tu dis que tu veux que l’on respecte la nature, que l’on (re)place l’Homme au centre. Et que tu ne t’es pas dit qu’il pouvait être dangereux d’accepter que l’on joue avec ses gènes alors que tu refuses que l’on joue avec ceux d’une graine. Tu as tellement de propositions qui m’ont parlé. Je n’arrive pas à comprendre que toi et ceux qui t’entourent ne voyez pas combien l’Homme est en danger sur ces questions, que l’ignorance est une arme sanglante sur ce sujet et s’imaginez que s’investir dans le domaine relève d’un choix théologique.
Quand vous dites tous les trois que vous voulez casser la machine capitaliste. Et que vous cassez aussi des gens, des journalistes, des gens comme moi.
Je ne vous crois plus quand vous vous emportez derrière votre petit pupitre, derrière votre petit micro, derrière votre air de déterminé. Je ne vous crois plus quand vous faites des phrases dont j’ai appris les effets de construction et de manipulation lors de mes études. Je ne vous crois plus quand vous présentez vos solutions, ponctuant les mesures de “mon cher Pu-Pu, c’est très simple”, ou “ma chère Cha-Cha, c’est bien plus complexe enfin”.
Alors je ne commenterai pas vos propos qui coulent à flot depuis des semaines et qui n’engagent que ceux qui les croient – et ceux qui ont le temps de les entendre puisqu’ils ne font pas long feu. Je grommellerai dans mon coin en espérant que le moins pire de vous tous arrivera sur le trône et qu’il n’en creusera pas le trou. Ce vide qui s’immisce entre les citoyens, celui qui prend de plus en plus de place dans la tête des gens, celui qui remplit le cœur des Hommes. Celui que je veux croire est tout (sauf) notre avenir.

Je ne pensais pas avoir déjà à ce point la même analyse alors que ce ne sera que ma deuxième élection présidentielle… comme Vieil Imbécile, j’aime assez l’ambiguïté de la dernière phrase. Merci en tout cas pour ce texte qui, à défaut d’être vraiment porteur d’espérance, porte au moins l’éclairage de la simplicité sur l’essentiel.
Je commence par tout ce qui m’embête dans cette période. Et puis je vais essayer de trouver des points positifs… au fur et à mesure
Oh ! et puis, quand même… j’aime énormément ta photo. J’en rêve, même
Et pourtant… et pourtant, c’est ça la vulnérabilité. Toujours croire l’autre, toujours croire en l’autre, même si l’on sait qu’il n’y a qu’une misérable petite chance que ce soit la vérité. Alors, oui, on se prend des claques ; oui, on est moqué, bisounoursé ; oui, on est atteint de plein fouet lorsque cela se révèle faux, et notre vulnérabilité se mue en souffrance. Mais il me semble bien que ce soit le seul moyen de progresser vers la vérité, un cercle vertueux long et douloureux à se mettre en place, une parcelle de confiance dans un univers factice, une lumière tremblotante dans l’obscurité. Le monde politique a besoin de ta confiance (confiance prudente et sage bien sûr, mais confiance quand même) pour progresser. La petite goutte d’eau pure dans la mer salée.
Oh ! qu’elle est sybilline, ta dernière phrase… j’aime bien l’assemblage vouloir croire, car il y a effectivement l’exercice libre de notre volonté dans l’acte de croire. Mais pourquoi celui (Celui ?) que tu veux croire ne serait-il pas notre avenir ?
Je viens de voir que l’on peut faire une double lecture de ma dernière phrase ! Je vais la changer exeuprès maintenant tiens
A l’origine, le “celui” renvoie au vide qui s’installe, voilà pourquoi je ne veux pas qu’il soit notre avenir ni qu’il soit cultivé par le futur chef de nous. Mais j’ai rajouté la nuance pour ceux qui comme toi (et parfois comme moi j’espère) cherche un sens là où il n’y en a pas